Installer un bossoir sur son bateau transforme l’expérience de la navigation, surtout lors des escales ou des manœuvres au mouillage. Cet équipement, souvent perçu comme un simple accessoire, est un organe de sécurité pour manipuler une annexe ou un moteur hors-bord sans risquer de se blesser ou d’endommager la coque. Que vous naviguiez sur un voilier, un catamaran ou une vedette, le choix d’un système de levage repose sur des contraintes techniques précises : poids de l’embarcation, configuration du tableau arrière et résistance des matériaux face à la corrosion marine.
Les différents types de bossoirs et leur usage
Il n’existe pas un modèle unique, mais une variété de solutions adaptées à l’architecture de chaque navire. Le mécanisme choisi impacte directement la facilité de mise à l’eau et l’encombrement au port.

Bossoirs fixes et pivotants : la robustesse avant tout
Les bossoirs fixes sont les plus courants sur les voiliers de croisière. Installés par paire, ils offrent une structure rigide capable de supporter des charges importantes, souvent jusqu’à 160 kg selon le diamètre des tubes en inox. Leur fiabilité mécanique est élevée, car le nombre réduit de pièces mobiles limite les risques de défaillance en mer.
Les modèles pivotants permettent de ramener l’annexe vers l’intérieur du bateau une fois relevée. Cette fonctionnalité est précieuse lors des manœuvres de port pour réduire la longueur hors-tout du navire et éviter les chocs contre les pontons. Ils sont recommandés pour les plaisanciers fréquentant des marinas encombrées.
Bossoirs télescopiques et escamotables : l’intégration discrète
Pour les vedettes ou les yachts, les bossoirs télescopiques représentent une solution haut de gamme. Ces systèmes s’intègrent dans la structure du bateau ou se replient complètement lorsqu’ils ne servent pas. Plus onéreux et complexes à installer, ils libèrent totalement la plage arrière pour la baignade ou la circulation, offrant un compromis entre utilité technique et design épuré.
Capacité de levage et matériaux : les garanties de sécurité
La sécurité d’un bossoir dépend de sa résistance structurelle et de sa capacité à affronter l’environnement salin. Négliger ces aspects peut conduire à des ruptures de fixations en cas de mer formée.
Inox ou aluminium : quel matériau choisir ?
L’inox 316L est la référence pour les bossoirs. Sa densité et sa résistance à la corrosion en font un allié durable, capable de supporter des tensions dynamiques lorsque le bateau tangue. L’aluminium, plus léger, est souvent réservé aux mâts de charge destinés au levage de petits moteurs hors-bord ou pour des unités où chaque kilo compte, comme sur certains multicoques de performance.
Calculer la charge utile réelle
Il est nécessaire de distinguer le poids à vide de l’annexe et sa charge opérationnelle. Une annexe de 50 kg équipée d’un moteur de 20 kg, d’une nourrice pleine et d’un mouillage peut atteindre 90 kg. De plus, les mouvements du bateau multiplient les forces exercées sur les bras du bossoir. Il est recommandé de choisir un modèle dont la capacité de levage est au moins 1,5 fois supérieure au poids total de l’équipement.
| Type de matériel | Poids moyen | Capacité de bossoir conseillée |
|---|---|---|
| Annexe gonflable 2.5m + moteur 2.5cv | 45 – 60 kg | 100 kg (paire) |
| Annexe semi-rigide + moteur 6cv | 80 – 110 kg | 160 kg (paire) |
| Moteur hors-bord seul (mât de charge) | 15 – 35 kg | 50 kg (mât unique) |
Installation et accessoires de renfort
Un bossoir n’est jamais plus solide que le support sur lequel il est fixé. L’installation exige une attention particulière aux points d’ancrage sur le pont ou le tableau arrière.
Le rôle des platines et des contre-plaques
Pour éviter que les boulons ne traversent la fibre de verre sous l’effet de la traction, l’utilisation de contre-plaques en inox ou en aluminium à l’intérieur de la coque est impérative. Ces pièces répartissent la force sur une surface large, prévenant ainsi le délaminage ou les fissures. Les platines à encastrer ou les embases de pont doivent être jointoyées avec un mastic polyuréthane de qualité marine pour garantir l’étanchéité.
La gestion du levage repose sur un réseau de cordages, de poulies et de palans qui distribuent la tension. L’eau qui s’accumule dans une annexe lors d’une averse peut doubler son poids en quelques minutes. Un système de levage efficace intègre des points de drainage et des angles de suspension qui évitent cette surcharge imprévue, protégeant ainsi l’accastillage contre une rupture de fatigue.
Accessoires indispensables : palans et harnais
Le levage manuel peut être pénible. L’ajout de palans avec des poulies de renvoi (démultiplication 3:1 ou 4:1) réduit l’effort physique nécessaire. Pour sécuriser l’annexe, l’utilisation d’un harnais de levage à trois ou quatre points est préférable à de simples bouts, car il assure une stabilité horizontale parfaite durant la montée et la descente.
Maintenance et bonnes pratiques en navigation
Un bossoir bien entretenu dure toute la vie du bateau, mais il nécessite une surveillance régulière, surtout avant de longues traversées.
Contrôler la corrosion et les fixations
Même l’inox 316L peut présenter des traces de rouille superficielle. Un rinçage régulier à l’eau douce et l’application occasionnelle d’un passivant ou d’une cire de protection limitent ce phénomène. Vérifiez le serrage des écrous et l’état des goupilles pivotantes au moins une fois par saison, car les vibrations du moteur et les chocs des vagues peuvent provoquer un desserrage progressif.
La règle d’or : ne jamais naviguer avec l’annexe suspendue
En mer, une annexe suspendue uniquement par ses palans se transforme en pendule à chaque mouvement de roulis. Cette force d’inertie est destructrice pour les tubes du bossoir. En navigation, l’annexe doit être fermement sanglée contre les bras du bossoir ou bridée contre le tableau arrière pour faire corps avec le navire. Si la météo se dégrade, la règle de sécurité est de dégonfler l’annexe et de la ranger sur le pont ou dans un coffre pour abaisser le centre de gravité et supprimer la prise au vent.
Pour garantir la longévité de votre équipement, effectuez une vérification visuelle des soudures pour détecter d’éventuelles micro-fissures. Lubrifiez les axes des poulies et les parties pivotantes avec une graisse silicone résistante à l’eau de mer. Enfin, remplacez les cordages de levage tous les 3 à 5 ans, car les UV dégradent les fibres de nylon ou de polyester, réduisant leur résistance à la rupture.